Angelina Chan, députée bruxelloise depuis 2025 et conseillère communale à Schaerbeek depuis 2006, est engagée depuis plus de vingt ans au sein du Mouvement Réformateur. Elle défend une approche pragmatique, ancrée dans les réalités du terrain, avec une attention particulière portée à la sécurité, au soutien aux indépendants et à l’allègement de la pression fiscale sur la classe moyenne. À travers son engagement, elle s’attache à améliorer concrètement la qualité de vie des Bruxellois. Nous sommes allés à sa rencontre.
Angelina Chan, voudriez-vous nous faire part d’une anecdote ou d’une histoire qui peut nous aider à comprendre qui vous êtes ?
Mon histoire familiale est un mélange de culture et de résilience. Mes grands-parents sont originaires de Shanghai (Chine) mais ont vécu à Hong Kong avant de choisir la Belgique. J’ai grandi en voyant mes parents travailler dur dans la restauration.
Une anecdote qui me définit ?
Très jeune, je faisais mes devoirs sur un coin de table du restaurant entre deux services. Cela m’a appris très tôt la valeur du travail, l’importance de l’effort et la réalité du terrain pour les indépendants. Je ne suis pas une théoricienne, je suis quelqu’un qui a grandi les mains dans le concret.
Quel est votre premier souvenir lié à Bruxelles ?
Je me revois dans les rues immenses de Schaerbeek, ma commune de naissance. On marchait jusqu’à Saint-Josse, les trottoirs me semblaient interminables avec mes petites jambes. On allait voir La Belle et le Clochard au cinéma Marivaux, une ressortie en salle du grand classique Disney. Et ce dont je me souviens avec le plus d’intensité, ce ne sont pas les personnages à l’écran, ce sont les ouvreuses. Ces dames qui déambulaient dans les rangées avec leur grand panier en osier rempli de sucreries, éclairé par une petite lampe de poche dans le noir. Ce mélange de magie du cinéma, de lumières tamisées et de ce rituel aujourd’hui disparu m’avait marqué. Mais il dit aussi beaucoup de qui je suis : une enfant de Bruxelles, émerveillée par les détails qui font la richesse d’une ville et d’une époque.
Angelina, quelle est la première expérience qui vous a sensibilisé aux enjeux politiques ou sociétaux ?
En réalité, c’est quelque chose que j’ai vécu de l’intérieur, de façon très personnelle. Petite, j’ai ressenti de manière insidieuse une différence de traitement (parce que j’étais une petite fille chinoise dans un quartier bruxellois). Rien de spectaculaire, pas de violence déclarée, mais ces petites choses que l’on ne remarque peut-être pas quand on ne les vit pas : un regard de trop, une remarque anodine en apparence, une façon d’être mise à l’écart sans que personne ne l’admette vraiment. Ces expériences m’ont très tôt rendu sensible à la question de la place que la société réserve (ou refuse) à ceux qui sont « différents ». C’est ce sentiment d’injustice silencieuse qui a fait naître en moi les premiers signes de l’engagement.
Puis, le déclic s’est fait au début des années 2000. Je me suis dit qu’il ne servait à rien de critiquer le système de l’extérieur si l’on n’était pas prêt à mettre les mains dans le cambouis pour le changer. En 2004, j’ai franchi le pas en étant candidate sur la liste régionale de Jacques Simonet. Mon objectif était de porter la voix de ceux qui travaillent et qui se sentent parfois oubliés.
Angelina, vous parlez de Jacques Simonet. On se demande, quelle est la rencontre qui a le plus influencé votre parcours ?
Il y a eu plusieurs personnes au sein du parti qui ont compté, mais je dois dire qu’une figure s’impose naturellement : Armand De Decker. C’était un homme d’une stature politique rare, d’une élégance intellectuelle que je n’ai que peu rencontrée. Il m’a dit une chose qui m’a longtemps guidée : « Il faut toujours être loyal à son parti. » J’ai pris ce conseil très à cœur, peut-être même trop. En toute honnêteté, il m’est arrivé de laisser mes propres convictions s’effacer derrière cette loyauté. De taire une nuance, de rentrer dans les rangs là où j’aurais pu, aurais dû, élever la voix. C’est une leçon en deux temps : la loyauté est une vertu essentielle en politique, mais elle ne doit pas devenir un corset. Aujourd’hui, je cherche l’équilibre entre les deux : rester fidèle à mon camp tout en restant fidèle à moi-même.
Angelina Chan, y a-t-il une personnalité politique en Belgique ou ailleurs, qui vous a particulièrement inspiré dans votre engagement ? Si vous pouviez passer une heure avec une personnalité politique, contemporaine ou historique, qui serait-ce et pourquoi ?
Sans aucun doute Lee Kuan Yew, le fondateur de Singapour.
Un homme d’origine chinoise qui a pris une île sans ressources, sans eau douce, sans hinterland et en a fait l’un des États les plus prospères, les plus sûrs du monde. Ce qui me frappe chez lui, c’est son pragmatisme absolu : pas d’idéologie rigide, mais une question permanente : “Qu’est-ce qui fonctionne vraiment ?”
Il croyait en la méritocratie, en l’éducation, en la rigueur de la gestion publique et en l’ordre comme condition du développement. Il a réussi à faire coexister des communautés chinoises, malaises et indiennes dans une ville-État multilingue et multiculturelle. Quand je regarde Bruxelles, capitale de l’Europe, carrefour des cultures, défis de gouvernance immenses, je me dis que nous aurions besoin d’un peu de cette vision-là. Et personnellement, en tant que femme d’origine chinoise qui siège dans un parlement occidental, Lee Kuan Yew me rappelle que les deux mondes ne s’opposent pas. Ils se complètent.
Angelina Chan, si vous le voulez bien, essayons de revenir un peu en arrière. Dites-nous, quel a été votre parcours avant d’entrer en politique?
A vrai dire, je suis entrée en politique à 25 ans, je n’avais pas un grand parcours derrière moi à ce moment-là. Ce qui m’a construite, c’est la combinaison des deux : j’ai mené en parallèle un engagement politique croissant et une carrière professionnelle bien réelle, dans de grandes entreprises nationales et internationales du secteur privé. Pendant vingt ans, j’ai alterné les réunions de commission et du Conseil communal et les projets d’entreprise, les rencontres de terrain et les missions pour de grands dirigeants d’entreprise. C’est seulement depuis que je suis devenue députée en février 2025 que je me suis dédiée pleinement et exclusivement à la politique.
Qu’est-ce que votre expérience professionnelle vous apporte aujourd’hui dans votre rôle de députée ?
Vingt ans à travailler dans le privé (dans la restauration, en ressources humaines, en tant que IT Project manager) m’ont donné quelque chose que l’on n’apprend pas dans les livres de politique : la culture du résultat. Dans le secteur privé, soit le projet est livré, soit il ne l’est pas. Il n’y a pas de discours qui tienne lieu de réponse. C’est cette exigence-là que j’essaie d’apporter au Parlement. Ce double ancrage reste pour moi une richesse : je n’ai jamais été une politicienne à temps plein déconnectée du monde du travail.
Angelina Chan, si vous deviez vous décrire en trois mots, lesquels choisiriez-vous et pourquoi ?
Je dirais …
Schaerbeekoise, car c’est mon ancrage indéfectible. J’y suis née, j’y ai grandi et c’est de là que je construis tout ce que je fais.
Pragmatique, car je préfère les solutions aux grands discours.
et Persévérante, car en politique comme dans la vie, rien n’est jamais acquis sans effort. Mais je n’ai jamais lâché.
Angelina Chan, revenons un instant sur votre engagement en politique. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager en politique ? Pensez-vous que la politique est le meilleur moyen pour faire évoluer la société ?
J’ai pris la décision de m’y investir pour ne pas « subir ». Je crois que la liberté individuelle et la responsabilité sont les clés de l’épanouissement. Je voulais défendre une vision de Bruxelles où l’effort est récompensé et non taxé à outrance.
La politique, c’est, selon moi, le levier le plus puissant pour changer les règles structurelles du jeu. L’associatif et l’entrepreneuriat sont vitaux, mais seule la politique peut créer le cadre légal qui permet à ces initiatives de fleurir. Cela dit, aujourd’hui, la politique ne se fait plus seulement dans les hémicycles. Les réseaux sociaux ont changé la donne pour le meilleur et pour le pire dirais-je. Chacun peut désormais prendre la parole, toucher des milliers de personnes en quelques secondes. C’est une chance formidable pour la démocratie, mais c’est aussi une responsabilité immense. Certains influenceurs véhiculent n’importe quoi, sans vérification, sans nuance et ils sont suivis, parfois massivement. Cela m’inquiète. Je suis partisane d’une liberté d’expression responsable. Elle ne peut pas être synonyme d’impunité face à la désinformation. Il faut être vigilant, exigeant et rappeler que les mots ont des conséquences dans la vraie vie.
Quel problème ou quelle injustice vous a le plus motivé à agir ? Est-ce ce combat qui vous donne l’énergie de poursuivre cet engagement ?
Ce qui m’a motivé, c’est l’insécurité croissante et la pression fiscale sur la classe moyenne. Voir des gens travailler dur et avoir du mal à boucler leurs fins de mois à cause d’une fiscalité étouffante, c’est pour moi une injustice fondamentale.
Quant à ce qui me donne l’énergie de continuer, ce sont les résultats concrets, même s’ils sont petits. Quand un dossier avance, quand un citoyen me dit « merci de m’avoir écouté » ou « merci d’avoir agi pour ça ». Ces moments-là valent tout. Ce qui me donne aussi beaucoup d’énergie, c’est quand je sens que j’ai vraiment compris quelqu’un, une situation, une réalité de terrain et que j’arrive à la traduire, à la porter, à mettre un sujet sur la table qui sans moi n’y aurait peut-être pas été.
Pourquoi avoir choisi le Mouvement Réformateur pour mener cet engagement ?
Parce que c’est le seul parti qui met la liberté, la responsabilité et la sécurité au cœur de son projet. Le MR ne voit pas le citoyen comme un assisté, mais comme un acteur de sa propre vie. Le travail, le mérite et la liberté d’entreprendre. Ce sont les valeurs que mes parents m’ont transmises et qui m’ont permis de construire mon parcours. Ce sont celles portées par le MR.
Je pense qu’à Bruxelles, le MR est le rempart contre le marasme, le déclin et le fatalisme. Nous sommes les seuls à vouloir rendre à notre ville sa fierté, son dynamisme et sa beauté. Nous défendons une vision ambitieuse de la capitale, une vision économique forte, tout en étant fermes sur les questions de sécurité et de propreté.
Angelina, pourriez-vous nous dire quels sont aujourd’hui vos principaux combats politiques ?
Mes combats partent tous d’un même constat : Bruxelles mérite mieux que ce qu’elle est aujourd’hui.
Tout d’abord, la sécurité, parce que c’est la première des libertés. Sans sécurité, il n’y a pas de liberté de circuler, de commercer, de vivre. Je me bats pour que l’impunité recule et que chaque Bruxellois puisse se sentir en sécurité dans sa rue, de jour comme de nuit.
Ensuite, une ville plus propre car une ville sale, c’est une ville qui se résigne. La propreté n’est pas un luxe, c’est un signal : celui du respect de l’espace public et de ses habitants.
La défense de ceux qui travaillent et de ceux qui créent de l’emploi me préoccupe aussi. Les travailleurs, les indépendants, les commerçants, les entrepreneurs, ce sont eux qui font tourner Bruxelles. Je veux alléger leurs charges, simplifier leurs démarches administratives et faire en sorte que l’effort soit enfin récompensé plutôt que pénalisé fiscalement. Je porte aussi le combat de l’éducation et de la formation, parce que c’est le seul ascenseur social qui fonctionne vraiment sur le long terme. Investir dans l’école bruxelloise, c’est investir dans les Bruxellois de demain.
Et enfin, deux combats peut-être moins visibles mais qui me tiennent à cœur : le bien-être animal, parce que la façon dont une société traite ses animaux dit beaucoup de ses valeurs, et la transition numérique au service du citoyen. Avec mon background en informatique, je crois profondément que la technologie peut simplifier la vie des gens et rendre les services publics bien plus efficaces. Encore faut-il s’y atteler sérieusement.
Quel est selon vous le défi majeur que Bruxelles doit relever dans les prochaines années ?
Le défi majeur de Bruxelles, c’est d’inverser une dynamique inquiétante : l’exode. Chaque année, des familles de la classe moyenne quittent Bruxelles, pas parce qu’elles ne l’aiment pas, mais parce qu’elles ne s’y sentent plus en sécurité, parce que la pression fiscale est devenue insupportable, parce que la qualité de vie s’est dégradée. Ce sont souvent les plus actifs, les entrepreneurs, les parents qui partent. Et quand ils partent, ils emportent avec eux leur pouvoir d’achat, leurs emplois, leur dynamisme. C’est un cercle vicieux que nous devons briser.
Angelina Chan, vous êtes députée bruxelloise. Que représente Bruxelles pour vous ?
Bruxelles, c’est ma maison. C’est une ville-monde à taille humaine. Bruxelles est complexe, parfois frustrante, mais incroyablement attachante. Une ville multiculturelle qui a beaucoup de potentiel économique et culturel dont le MR a à coeur de susciter par des politiques ambitieuses et assumées.
Cette ville est unique grâce à son incroyable diversité et sa capacité à se réinventer. C’est un carrefour de cultures où, finalement, tout le monde peut trouver sa place si on lui en donne les moyens.
Y a-t-il un quartier ou un lieu bruxellois vous inspire plus ?
La Grand-Place. Je sais que c’est la réponse la plus attendue, mais je l’assume pleinement, parce qu’elle est sincère. Chaque fois que j’y passe, je ressens quelque chose. Elle représente toute la splendeur culturelle et historique de Bruxelles : les guildes, les dorures, l’architecture baroque, des siècles d’histoire marchande et citoyenne gravés dans la pierre. Mais ce qui me frappe surtout, c’est qu’elle est aussi un lieu vivant… La Grand-Place, c’est Bruxelles dans toute sa complexité : royale et populaire, historique et contemporaine, belge et européenne à la fois.
Depuis plus d’un an, vous êtes députée au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale. Quel aspect de votre mandat préférez-vous ?
“Les députés sont les représentants du peuple, élus par le peuple et travaillant pour le peuple” et je prends cette définition très au sérieux. Depuis que je me suis lancée en politique, j’ai toujours mis l’accent sur la nécessité d’aller à la rencontre des citoyens, d’écouter leurs doléances, mais aussi leurs idées. Parce que souvent, ils ont eux-mêmes les solutions à leurs problèmes. Mon rôle, c’est de convoyer les deux vers le Parlement : les difficultés du terrain et les réponses qui émergent du terrain. Et je garde toujours en tête un objectif simple, presque intime, qui résume tout : entendre ce citoyen me dire « Merci »
Avez-vous un moment qui vous a particulièrement marqué ?
Ma prestation de serment au Parlement bruxellois en février 2025. C’était un moment solennel, l’aboutissement de 20 ans d’engagement local. Être la première élue d’origine chinoise à y siéger est aussi un symbole fort dont je suis fière.
Pour terminer cette entrevue, parlons de choses un peu plus personnelles mais qui peuvent un peu aider nos lecteurs à mieux vous comprendre. Quelle passion ou activité vous permet de vous déconnecter de la politique ?
Sans aucun doute la cuisine. C’est un héritage familial. Cuisiner me permet de me vider la tête et de faire plaisir à mes proches. C’est un moment de partage simple et authentique.
Quel livre, film ou personnalité vous inspire ?
Trois livres m’ont particulièrement marquée.
From Third World to First de Lee Kuan Yew : comment construire un État moderne avec méthode, vision et exigence, à partir de presque rien.
Ensuite, Long Walk to Freedom de Nelson Mandela : 27 ans de prison, une conviction intacte, et la capacité à sortir sans haine pour bâtir une nation. C’est la définition même de la persévérance.
Et enfin, The Audacity of Hope de Barack Obama, qui rappelle que la politique peut encore être portée par l’espoir et le sens du collectif, pas seulement par la gestion de crise.
Si je dois citer un film qui me parle vraiment en tant que femme politique, c’est Darkest Hour, avec Gary Oldman dans le rôle de Churchill. Ce moment où un homme seul, contesté de l’intérieur même de son camp, refuse la capitulation et choisit de tenir bon contre toute logique apparente. Ce film me rappelle que le courage politique, c’est d’abord le courage de ne pas céder quand tout pousse à la facilité.
Angelina Chan, avez-vous un message final pour nos lecteurs ?
Comment imaginez-vous Bruxelles dans 50 ans ? Pourquoi les citoyens doivent-ils continuer à croire en l’action politique ?
J’imagine Bruxelles comme une ville apaisée, sûre, propre et technologiquement avancée. Une ville où il fait bon vivre pour les familles et bon travailler pour les entreprises.
Cela passera nécessairement par l’action politique. Il faut y croire parce que l’alternative, c’est l’immobilisme ou le chaos. La politique, c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. Croire en l’action politique, c’est croire en notre capacité collective à façonner notre destin. Oui, la politique peut donner une impression de cacophonie, de tiraillements, parfois même d’immobilisme, et je comprends cette frustration. Mais c’est précisément ce qui fait la beauté de la démocratie. Car en avançant ensemble, nous allons lentement, certes, mais nous allons loin. Et surtout, il y a une vérité que je répète souvent et qui résume tout : Si vous n’êtes pas à table, vous êtes sur le menu.
Portrait réalisé le 20 mars 2026.

