Petite-fille de pâtissiers, fille d’indépendants et aujourd’hui députée, Amélie Pans incarne une trajectoire bruxelloise faite de travail, de résilience et d’engagement progressif. Entre racines familiales, expérience professionnelle et attachement profond à Bruxelles, elle défend une politique tournée vers des résultats concrets. Nous sommes allés à sa rencontre.
Amélie, pour commencer, pouvez-vous nous dire qui êtes-vous ?
D’où venez-vous ? Voudriez-vous nous faire part d’une anecdote ou d’une histoire qui peut nous aider à comprendre qui vous êtes ?
Je suis une vraie zinneke bruxelloise. Dans ma famille, les origines se croisent comme elles savent si bien le faire à Bruxelles. Du côté maternel, ma grand-mère est née dans un petit village de Russie, sur la route en fuyant la révolution. Mon grand-père maternel, lui, était italien. Du côté paternel, mon grand-père venait de Maastricht et ma grand-mère d’Ypres. Tout ce petit monde avait un point commun : le travail. Mes grands-parents paternels tenaient la pâtisserie PANS, place de l’Altitude 100 à Forest. Mon grand-père maternel était imprimeur. Ma maman était indépendante, représentante en tissu d’ameublement. Mon papa, lui, menait deux vies de front : ingénieur dans une usine de bonbons, chez Lamy Lutti, et en parallèle patron, avec un ami, de CARODEC, une entreprise de matériaux de construction chaussée de Wavre, à Auderghem.
Mon premier argent de poche, je l’ai gagné avec mon cousin en remplissant des sacs de sable. J’ai grandi dans cet univers-là : celui des gens qui travaillent beaucoup, qui parlent à tout le monde et qui se débrouillent. Je crois que cela m’a marquée pour toujours.
Vous parlez de l’Altitude 100, est-ce votre premier souvenir lié à Bruxelles ?
Je dirais plutôt que mon premier grand souvenir de Bruxelles, c’est un trajet en métro avec mon papa et ma maman, à Woluwe-Saint-Lambert. J’avais quatre ans. La ligne 1 venait d’arriver, le métro était gratuit et tout le monde voulait le découvrir. Je revois encore la rame bondée et cette atmosphère de fête. Pour la petite fille que j’étais, c’était très impressionnant. Un peu plus tard, j’ai choisi le vélo. Je me souviens encore de cette époque où il fallait une petite plaque d’immatriculation, payante, dont la couleur changeait chaque année.
Et pourriez-vous nous dire quelle est la première expérience qui vous a sensibilisée aux enjeux politiques ou sociétaux ?
Ma première expérience de la politique, vous allez rire, je l’ai vécue à 15 ans, un pinceau à la main. C’était au moment des grandes grèves dans l’enseignement. J’étais élève à Saint-Luc, rue d’Irlande, dans une école artistique, et je me revois encore place Louis Morichar, à Saint-Gilles, avec mes professeurs, en train de peindre des calicots avant de partir manifester. J’étais très jeune, encore insouciante, sans doute trop pour mesurer vraiment ce qui se jouait. Avec le recul, je me dis qu’il y a quelque chose de presque prémonitoire dans ce souvenir : cette place porte le nom d’un grand libéral saint-gillois, qui a consacré une grande partie de sa vie à l’instruction publique et aux beaux-arts. Cela résonne forcément avec ce que je suis devenue ensuite : quelqu’un pour qui la liberté, l’éducation et l’émancipation restent intimement liées.
Est-ce que cela a été le déclic ? Qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes finalement lancée dans la politique en tant que telle?
Le déclic est venu plutôt progressivement. A force de m’engager d’abord comme citoyenne et comme maman. Je me suis impliquée dans le comité de quartier, dans l’école de mes enfants, j’ai vu très concrètement ce qui fonctionnait et ce qui coinçait dans la commune. À un moment, je me suis dit : « on ne peut pas juste râler sur Facebook ou autour de la table de cuisine ». Soit on reste au bord du terrain, soit on décide d’entrer dans l’arène. C’est comme ça que je me suis lancée en politique locale à Woluwe-Saint-Lambert, puis au Parlement bruxellois.
Vous êtes donc députée au Parlement bruxellois. Mais avant cela, quel a été votre parcours avant d’entrer pleinement en politique ?
Avant d’entrer en politique, j’ai eu un parcours assez éloigné des schémas classiques. Après mes humanités, j’ai entamé des études de graphisme, que je n’ai pas terminées. La mort de mon papa a été un choc profond et un véritable tournant. Je suis alors partie un an à Boston, aux États-Unis, à la fois pour prendre de la distance et pour me reconstruire. C’était une autre époque : il n’y avait pas de réseaux sociaux, on écrivait encore des lettres sur ces feuilles presque transparentes, aussi fines que du papier à cigarette. Cette parenthèse m’a appris l’anglais, bien sûr, mais surtout l’autonomie et ce que signifie vivre loin des siens. À mon retour en Belgique, j’ai repris des études en marketing, avec une option en achat, logistique et sous-traitance. J’ai ensuite travaillé chez Carodec. J’y gérais les achats de bois, de clous, de ciment ou encore de Derbigum, dans un univers très masculin. Négocier dans ce milieu demandait du caractère, mais c’était aussi très stimulant. J’y ai appris à tenir ma place et à ne pas me laisser impressionner. Après ces années dans la construction, j’ai rejoint IHPO, dans le secteur de l’électroménager, où je travaillais au back-office sur des dossiers très variés : fournisseurs, comptabilité, TVA, contrats, ouvertures de magasins, gestion des stocks. J’ai poursuivi mon parcours chez Vattenfall, une entreprise suédoise active dans l’énergie. J’y ai débuté comme office manager avant de devenir conseillère politique, avec un suivi très concret des processus politiques et réglementaires européens, notamment sur les enjeux liés à l’électrification des transports. Avec le recul, ce parcours m’a donné une connaissance très directe du terrain, de l’entreprise et des réalités économiques, bien avant mon engagement politique.
Qu’est-ce que votre expérience professionnelle vous apporte aujourd’hui comme députée ?
Mon expérience professionnelle m’apporte surtout le sens du réel. J’ai travaillé dans le monde de l’entreprise, dans des fonctions très concrètes, avec des responsabilités opérationnelles, des contraintes de terrain et des interlocuteurs très différents. Cela m’aide aujourd’hui à garder les pieds sur terre comme députée.
Quand on a connu les achats, la logistique, les contrats, la comptabilité ou encore les enjeux réglementaires dans l’énergie, on sait qu’une bonne idée politique ne suffit pas : il faut qu’elle soit applicable, compréhensible et utile. Cette expérience me permet de regarder les textes et les décisions non seulement sous l’angle de l’intention, mais aussi sous celui de leurs effets concrets pour les entreprises, les travailleurs et les citoyens.
Elle m’a aussi appris à négocier, à écouter, à tenir ma place et à ne pas me laisser impressionner. Ce sont des qualités très utiles en politique. Et puis elle me donne une boussole : ne jamais perdre le contact avec la réalité du terrain.
Si vous deviez vous décrire en trois mots, lesquels choisiriez-vous et pourquoi ?
Curieuse – parce que j’aime comprendre, poser des questions et aller voir sur le terrain plutôt que de rester dans des dossiers théoriques. Pour moi, la réalité des gens vaut mieux que les beaux rapports.
Optimiste – j’ai toujours préféré voir le verre à moitié plein. Même face aux défis, je crois qu’il y a une solution à trouver, un levier à actionner. C’est ce qui me donne l’énergie d’avancer.
Wonderwoman – c’est le mot que mes amies utilisent pour me décrire : toujours en mouvement, pleine d’énergie, avec l’envie de faire bouger les choses. Que ce soit à vélo dans les rues de Bruxelles ou au parlement, je n’aime pas rester immobile !
Amélie Pans, revenons à la politique.
Pourquoi avez-vous décidé de vous engager en politique ?
J’ai décidé de m’engager parce que j’ai compris que la politique, avec tous ses défauts, reste un outil puissant pour faire évoluer la société, même si je ne pense pas que la politique soit le seul ni toujours le meilleur moyen, mais elle est incontournable. On peut bouger des lignes via l’associatif, l’entreprise, la culture, et je l’ai fait. La politique, elle, permet de changer des règles pour tout le monde : simplifier des procédures, créer un droit à l’erreur, investir à long terme dans la mobilité ou le logement. Quand elle est bien utilisée, elle peut vraiment améliorer la vie quotidienne. Si on veut changer les règles du jeu, il faut aussi être là où elles se décident. C’est ainsi que je suis passée de l’engagement local à la politique communale, puis régionale.
Quel problème ou quelle injustice vous a le plus motivée à agir ?
Ce qui me révolte, c’est quand les citoyens font des efforts, paient leurs impôts, respectent les règles et qu’en face l’argent public n’est pas géré avec la même rigueur.
La probité dans l’utilisation des deniers publics est pour moi une exigence non négociable. Dans les marchés publics comme dans les ASBL subsidiées, il faut de la transparence, de la clarté et de la responsabilité. Ce n’est pas de la méfiance de principe, c’est une question de respect. Car quand les règles sont contournées ou que la gestion devient opaque, c’est la confiance même dans les institutions qui recule. Et c’est précisément contre cela que je veux agir.
Qu’est-ce qui vous donne l’énergie de continuer dans l’engagement politique ?
Ce qui me donne de l’énergie, ce sont d’abord les rencontres et les retours du terrain : un commerçant qui me dit qu’une mesure l’a aidé, un cycliste qui se sent un peu plus en sécurité sur son trajet. Je fais du vélo tous les jours et cela me permet de voir concrètement ce qui fonctionne ou non dans l’espace public. Ce lien direct avec la ville me nourrit.
Mais ce qui me donne peut-être encore plus d’énergie, c’est l’équipe avec laquelle je travaille. Mes collègues au Parlement, ma collaboratrice, et surtout les membres de ma section. Ce sont des personnes impressionnantes, qui se donnent corps et âme pour porter nos valeurs libérales au quotidien, souvent dans l’ombre. Quand je vois leur engagement, leur conviction, leur générosité, je ne peux pas me permettre de baisser les bras. Ils sont une source d’énergie inépuisable.
Puis, j’ai aussi des motivations.Ma principale motivation, c’est de rendre Bruxelles plus vivable : plus sûre, plus propre, avec une mobilité cohérente et un logement abordable pour les classes moyennes. Je ne fais pas de la politique pour le symbole, mais pour les résultats concrets, même si parfois ils sont modestes. Et j’aime le débat contradictoire, à condition qu’il mène à des décisions, pas à des blocages.
Amélie, vous parlez des retours que vous avez du terrain. Y a-t-il une rencontre qui a influencée votre parcours plus que les autres?
Je ne peux pas citer une seule rencontre, ni “la” rencontre qui aurait bouleversé mon parcours. Ce sont plutôt plusieurs visages, plusieurs voix, plusieurs échanges qui m’ont construite. J’ai longtemps organisé des dîners politiques, dans le sillage de ceux qu’Arlette Scius, une femme que j’admire beaucoup, avait lancés avant moi. Nous y avons reçu des personnalités marquantes avec entre autre, Boris Dilliès, Sophie Wilmès, Armand De Decker, François Bellot, Georges-Louis Bouchez ou Daniel Bacquelaine. Bien sûr, ces rencontres comptent. Mais ce qui m’a surtout influencée, c’est la qualité des échanges. Il n’y avait ni photo, ni publication sur les réseaux sociaux, ni posture. Seulement des débats francs, libres, parfois vifs, toujours stimulants. Cet espace de discussion sincère a beaucoup compté dans ma manière de voir la politique : comme un lieu d’idées.
Si vous pouviez passer une heure avec une personnalité politique, contemporaine ou historique, qui serait-ce et pourquoi ?
Ce serait Jane Brigode. Cette femme libérale belge, née en 1870, a fondé la Fédération belge pour le suffrage des femmes, présidé le Parti libéral belge — première femme à le faire — et même maintenu le parti en vie clandestinement pendant l’Occupation. Elle a fait tout cela dans une époque où les femmes n’avaient ni le droit de vote, ni les codes, ni les réseaux.
Ce qui me fascine chez elle, c’est la combinaison de la conviction et du courage concret. Elle n’a pas attendu que les conditions soient favorables. Elle s’est engagée, elle a construit des structures, elle a tenu bon. J’aimerais lui demander comment on reste debout quand tout le système est contre vous, comment on convainc dans un monde qui ne vous a pas encore fait de place, et ce qui, au fond, vous donne la certitude d’avoir raison. Je crois qu’elle aurait beaucoup à m’apprendre
Alors Amélie Pans, vous êtes députée pour le Mouvement Réformateur. Pourquoi avoir choisi le MR pour mener vos combats ?
Je viens d’une famille d’indépendants qui se lèvent tôt, prennent des risques et n’ont pas de parachute. Le MR est le parti qui, selon moi, assume le plus clairement la défense de celles et ceux qui entreprennent, travaillent, innovent, tout en demandant un État qui fonctionne, pas un État tentaculaire. Je m’y retrouve parce que je crois à la liberté, à la responsabilité et à la confiance faite aux citoyens plutôt qu’à la suspicion permanente.
Mais au fond, ce qui me tient le plus à cœur dans l’ADN libéral, c’est l’idée d’émancipation. Le MR, c’est le parti qui veut donner à chaque femme et à chaque homme les outils pour se tenir debout, pas les rendre dépendants d’un système, mais les aider à devenir acteurs de leur propre vie. Cette vision-là, je la porte avec conviction, parce que je l’ai vécue. J’ai grandi dans une famille où on ne comptait pas sur les autres pour avancer et je crois que c’est cette liberté-là — concrète, quotidienne — que la politique doit protéger et élargir pour tous.
Vous parlez d’indépendance et d’entreprenariat, quelles valeurs du MR vous correspondent le plus ?
La liberté d’entreprendre, la valorisation du travail, la responsabilité individuelle, mais aussi l’importance de l’égalité des chances. Je crois à un État qui protège les plus fragiles sans infantiliser tout le monde.
Car il y a une distinction que je tiens à faire : la solidarité, oui — pleinement, sincèrement. Mais une solidarité qui responsabilise, pas une assistance qui enferme. Les citoyens ont des droits, et c’est notre devoir de les garantir. Mais ils ont aussi des devoirs, envers eux-mêmes, envers la collectivité. Ce contrat-là, cet équilibre entre ce que la société vous doit et ce que vous lui devez en retour, c’est au cœur de ma vision libérale. On ne rend service à personne en créant une dépendance durable là où on pourrait créer une autonomie durable.
Et à Bruxelles concrètement, cela passe par de vrais services publics qui fonctionnent, une mobilité efficace et un logement accessible pour les classes moyennes.
Vous parlez de Bruxelles. Quelle est justement la spécificité du MR à Bruxelles selon vous ?
La spécificité du MR à Bruxelles, c’est de porter une vision d’ensemble pour une ville extraordinairement complexe. Bruxelles est l’une des villes les plus cosmopolites du monde — des dizaines de nationalités, une centaine de langues, des quartiers aux identités radicalement différentes à quelques arrêts de tram. Et en même temps, c’est une ville traversée par de vraies fractures : entre le centre et les communes de la deuxième couronne, entre le nord et le sud de part et d’autre du canal. Le MR, c’est le parti qui voit tout cela comme une force à mobiliser plutôt que comme des divisions à entretenir, et qui veut construire des ponts là où d’autres dressent des murs.
Concrètement, cela se traduit par une vision qui refuse d’opposer les Bruxellois les uns aux autres : le cycliste contre l’automobiliste, le locataire contre le propriétaire, le commerçant contre le riverain. On veut une ville prospère, sûre, propre, où l’on se déplace facilement, où l’on trouve un logement à prix raisonnable et où l’on ne craint pas pour sa sécurité dans l’espace public. Peu importe dans quelle commune on vit — à Woluwe, à Molenbeek, à Ixelles ou à Forest — chaque Bruxellois mérite la même qualité de vie. C’est ça, la promesse du MR à Bruxelles.
Y a-t-il une personnalité politique à Bruxelles qui vous a particulièrement inspirée ?
Je suis moins fascinée par des « héros politiques » que par les personnes qui gardent les pieds sur terre et restent proches du terrain. Et dans ce registre, j’ai un attachement particulier aux élus locaux ceux qui connaissent chaque rue de leur commune, qui croisent leurs habitants au marché le samedi matin et qui savent que derrière chaque décision, il y a une vie concrète. Ce sont eux qui font le vrai travail, souvent dans l’ombre.
Mais si je dois citer une personnalité, je pense à Sophie Wilmès. Ce qui me fascine chez elle, ce n’est pas seulement sa carrière c’est son aura. Une élégance dans le propos, une solidité dans les moments de crise, une capacité à incarner une fonction avec à la fois de la hauteur et de l’humanité. Elle a montré qu’une femme pouvait diriger ce pays avec calme et autorité, sans avoir à singer qui que ce soit.
Amélie Pans, parlez-nous des combats que vous menez.
Quels sont aujourd’hui vos principaux combats politiques et pourquoi ?
Mes combats se structurent autour de trois priorités : la mobilité, le logement et la qualité de vie à Bruxelles. En mobilité, je veux une ville où l’on peut choisir son mode de transport en sécurité, avec un réseau de transports en commun fiable et une vraie place pour les piétons et les cyclistes sans oublier ceux qui ont réellement besoin de En logement, je me bats pour une offre de logement moyen, pour que les classes moyennes ne soient pas poussées hors de Bruxelles.
Quelle réforme ou quel projet vous tient particulièrement à cœur à Bruxelles et en Belgique ?
À Bruxelles, je tiens beaucoup à la mise en place d’un véritable droit à l’erreur opposable pour les citoyens et les entreprises. L’idée est simple : si vous êtes de bonne foi et que vous faites une erreur, l’administration doit d’abord vous permettre de corriger, pas vous sanctionner comme un fraudeur. Cela change le climat entre l’administration et la population et permet aux services de se concentrer sur la vraie fraude.
Mais il y a un autre projet qui me tient vraiment à cœur et dont on ne parle pas assez : développer la colocation pour nos aînés. On le sait, la solitude est l’un des grands maux de notre époque, et elle touche particulièrement les personnes âgées. Beaucoup vivent seules, dans des logements trop grands pour elles, sans lien social au quotidien. La colocation entre seniors — ou intergénérationnelle — est une réponse concrète, humaine et intelligente : elle répond à la fois au problème du logement, à l’isolement et au besoin de lien social. Ce n’est pas une idée révolutionnaire, mais c’est une idée de bon sens. J’ai déposé un texte sur ce sujet au Parlement bruxellois, parce que je crois qu’on peut faire beaucoup mieux pour que nos aînés vieillissent entourés, dans la dignité.
Quel est selon vous le défi majeur que Bruxelles doit relever dans les prochaines années ?
Le grand défi de Bruxelles, c’est de rester une ville où les familles ont envie de vivre. Cela veut dire : sécurité dans l’espace public, propreté, écoles de qualité, logements accessibles, mobilité fluide. Si les classes moyennes et les familles quittent la ville parce que c’est trop cher, trop compliqué, trop sale ou trop insécurisé, Bruxelles s’affaiblit. Mon engagement, c’est d’éviter ce scénario.
Bruxelles, Bruxelles, Bruxelles, mais au fond que représente Bruxelles pour vous ?
Bruxelles, c’est chez moi, simplement, profondément. C’est là où j’ai grandi, où je suis allée à l’école, où j’ai construit ma vie. C’est là où mes enfants sont nés et où je les ai élevés. Il n’y a pas de mot plus juste que celui-là : c’est chez moi.
Et c’est précisément parce que c’est chez moi que je me bats pour qu’elle soit meilleure. On ne reste pas indifférent aux problèmes de sa maison. Quand elle est sale, quand elle est moins sûre, quand les jeunes familles doivent la quitter faute de logements accessibles, ça me touche personnellement. Bruxelles mérite mieux et j’ai envie d’y contribuer
Bruxelles est une ville unique à plus d’un titre. Et ce qui la rend unique, c’est son côté surréaliste — au sens presque littéral du terme, puisque c’est ici que ce mouvement est né. La ville a ce caractère décalé, inattendu, cette capacité à vous surprendre au coin d’une rue. Une façade Art Nouveau coincée entre deux immeubles quelconques, une fresque géante dans une ruelle, un café qui n’a pas changé depuis 50 ans juste à côté d’un espace de coworking ultramoderne. C’est une ville qui ne se prend pas trop au sérieux et ça, j’adore.
Et puis il y a quelque chose de vraiment rare : Bruxelles est la capitale de l’Europe, et pourtant elle reste une ville à taille humaine. On peut croiser un commissaire européen et son voisin de quartier le même matin au même marché. Ce mélange d’ambition internationale et de proximité humaine, on ne le trouve pas à Paris, ni à Londres, ni à Berlin. C’est propre à Bruxelles.
J’imagine que la Conseillère communal répondra ici mais .. quel quartier ou quel lieu bruxellois vous inspire le plus ?
Hihi ! Effectivement, j’ai un attachement particulier à Woluwe-Saint-Lambert, où je suis conseillère communale, parce que c’est là que je vois au quotidien comment les décisions se traduisent dans les rues, les écoles, les parcs. Et je garde aussi une grande tendresse pour Forest et la place de l’Altitude 100, où se trouvait la pâtisserie PANS de ma famille. Ce sont des lieux qui me rappellent d’où je viens et pourquoi je me bats.
Parlons un peu de la vie de députée.
Quel aspect de votre mandat préférez-vous ?
Ce que je préfère, c’est quand le travail parlementaire touche vraiment à la réalité des gens. Une audition qui met le doigt sur un problème concret, une question qui force un ministre à se positionner, une mesure qui change quelque chose de tangible.
Mais ce que j’aime tout autant, c’est le terrain. Aller à la rencontre des entrepreneurs, des ASBL, des travailleurs de première ligne. Ce sont eux qui me donnent la matière, qui me disent ce qui coince vraiment, ce dont ils ont besoin concrètement. Sans ce contact-là, on légifère dans le vide.
Quelle rencontre avec un citoyen vous a particulièrement marquée ?
Comme je le disais, ce n’est pas une rencontre mais une multitude, plusieurs témoignages qui restent en tête longtemps après les avoir entendus.
Les plus récents sont ceux des habitants autour du palais du Midi et de la rue Stalingrad, à Bruxelles. Depuis le début du chantier du métro 3, leur quotidien est devenu extrêmement difficile. Ils parlent du bruit, de la poussière, des accès compliqués, de l’activité commerciale qui s’effondre, et surtout du sentiment d’être oubliés. Quand on les écoute, on comprend que derrière un chantier présenté comme technique, il y a des vies profondément bouleversées.
Je pense aussi à cette femme qui m’a confié à quel point il lui était difficile de vivre simplement sa relation avec son compagnon. Tous deux sont lourdement handicapés et vivent dans des établissements différents. Quand l’un rend visite à l’autre, aucun des deux établissements n’accepte d’apporter l’aide nécessaire à la personne qui n’y réside pas. Ce qu’elle me racontait, au fond, c’était l’impossibilité de vivre une vie affective normale à cause de rigidités administratives et institutionnelles. Ce témoignage m’a particulièrement touchée, parce qu’il rappelle que derrière les règles, il y a des êtres humains, avec des besoins essentiels de dignité, d’autonomie et d’amour.
Quel a été le moment le plus marquant depuis que vous faites de la politique ?
Les moments qui me marquent le plus en politique ne sont pas toujours les plus visibles. Ce sont ceux où l’on réussit, ensemble, à bâtir quelque chose de durable.
Je pense à Woluwe-Saint-Lambert. Il y a plus de quinze ans, il fallait reconstruire une section. Le défi était important, mais nous l’avons relevé collectivement, avec de l’écoute, du travail, de la confiance et une vraie intelligence collective. C’est sans doute ce dont je suis la plus fière. Parce qu’aujourd’hui, notre section est une vraie équipe : une équipe soudée, engagée, qui a su dépasser les ego. Et je suis fière de pouvoir la piloter aujourd’hui.
On connait mieux la députée, mais qui est Amélie Pans, tout court ?
Quelle passion ou activité vous permet de vous déconnecter de la politique ?
La marche et la course, surtout dans les Ardennes, sont sans doute ce qui m’aide le plus à prendre un peu de distance. J’aime retrouver les bois, le silence, le rythme simple des pas. C’est un espace rare, où l’on respire autrement.
Je me prépare d’ailleurs aux 20 km de Bruxelles. Cela me fait du bien d’avoir un objectif concret, une discipline, un cap clair. Courir permet parfois de remettre de l’ordre dans ses idées et, simplement, de laisser l’esprit souffler un peu.
Mais je dois être honnête : je déconnecte difficilement. La politique prend beaucoup de place dans ma vie, parfois trop. Et cet engagement a aussi un impact sur ma famille, sur mes enfants, sur mes proches. Quand on est investie profondément, on ne ferme pas la porte en rentrant chez soi. C’est un équilibre à trouver.
Quel livre, film ou personnalité vous inspire ?
Un livre que j’ai beaucoup aimé lire c’est « Le Parfum » de Patrick Süskind. Ce qui est incroyable avec ce roman, c’est qu’on sent littéralement les odeurs à travers les descriptions : le Paris du XVIIIe, les marchés, les corps, les fleurs. C’est une écriture presque sensorielle.
Que diraient vos ancêtres s’ils savaient que vous étiez devenue députée ?
Je crois que mes grands-parents, tous indépendants, seraient à la fois surpris et fiers. Ils me diraient probablement : « N’oublie pas que derrière chaque décision, il y a des gens qui se lèvent tôt pour faire tourner leur commerce, leur atelier, leur petite entreprise. » Et ils me rappelleraient que la politique doit rester au service de ceux qui n’ont pas le temps ni les codes pour venir défendre leurs intérêts eux-mêmes.
Mais c’est surtout à mon père que je pense. Il était hollandais et il ne pouvait pas voter en Belgique et pas encore pour les élections communales. Et pourtant, les jours d’élections, il nous disait, à mes sœurs et moi, avec le sourire : « Allez les filles, on vote — bleu, bleu, bleu ! » Il nous transmettait quelque chose d’essentiel : l’idée que voter est un privilège, un acte citoyen que l’on ne doit jamais prendre à la légère. Je crois qu’il serait immensément fier aujourd’hui.
Un message pour la fin…
Quel message souhaitez-vous adresser aux Bruxellois aujourd’hui ?
Je voudrais dire aux Bruxelloises et aux Bruxellois que leur voix compte vraiment. Que ce soit par un vote, un mail, une interpellation en conseil communal, un message envoyé à un élu : tout cela nous oblige à faire mieux.
Mais voter ne suffit pas : encore faut-il voter en connaissance de cause. Prenez le temps de vous renseigner sur les candidates et les candidats, lisez les programmes, posez des questions. Ne vous arrêtez pas à des slogans ou à une vidéo sur TikTok. Un bulletin de vote, c’est un acte de confiance — et la confiance, ça se mérite, ça se vérifie. Les élus que vous choisissez décident de vos rues, de vos écoles, de votre mobilité, de votre cadre de vie. Vous avez tout à fait le droit — et même le devoir — d’exiger de savoir pour quoi et pour qui vous votez.
Comment imaginez-vous Bruxelles dans 50 ans ?
Dans 50 ans, j’aimerais que Bruxelles soit toujours cette ville cosmopolite et bouillonnante que j’aime — mais plus prospère, plus apaisée, plus juste.
Une ville où chacun trouve sa place : où nos enfants et les enfants de nos enfants peuvent se loger sans devoir quitter la Région, où les classes moyennes ne sont pas condamnées à partir faute de logements accessibles. Une ville propre et sûre, où l’on se sent bien dans l’espace public, que ce soit dans les grandes artères ou dans les petites rues de quartier.
Une ville où tous les modes de déplacement cohabitent en harmonie — le vélo, les transports en commun, le piéton, et oui, aussi la voiture quand elle est nécessaire — sans que chaque choix de mobilité devienne un sujet de conflit. Et surtout, une ville économiquement vivante, qui attire les entreprises, génère de l’emploi et offre à chaque Bruxellois les moyens de construire sa vie ici, pas ailleurs.
Bruxelles a tout pour être une grande capitale européenne dont on est fier. Dans 50 ans, j’aimerais qu’elle le soit pleinement.
Pourquoi les citoyens doivent-ils continuer à croire en l’action politique ?
Parce que, malgré ses lenteurs et ses imperfections, la politique reste l’un des rares outils qui permet de changer les règles du jeu pour tout le monde. Renoncer à la politique, c’est laisser les autres décider à votre place. Exiger mieux, au contraire, c’est déjà une forme d’engagement. Mon rôle, c’est de montrer par le travail — pas par les slogans — que la politique peut encore être utile.
Portrait réalisé le 20 avril 2026.

