Loubna Azghoud et Aline Godfrin font bouger les lignes pour la santé hormonale des femmes

Trop longtemps minimisés, mal diagnostiqués, souvent banalisés, les troubles hormonaux féminins constituent pourtant l’un des défis de santé publique les plus sous-estimés de notre époque.

En Belgique, une femme sur 10 souffre d’endométriose, avec un retard moyen de diagnostic pouvant atteindre 7 à 12 ans. Le syndrome des ovaires polykystiques touche lui aussi une femme sur 10 en âge de procréer. Et un couple sur 6 est aujourd’hui confronté à l’infertilité. Des chiffres qui imposent de changer radicalement de regard sur ces pathologies, longtemps reléguées au rang de simples « douleurs féminines » à supporter en silence.

C’est pour briser ce silence que Loubna Azghoud, cheffe de groupe MR au Parlement bruxellois, et Aline Godfrin, députée, ont pris l’initiative d’organiser, le 19 mai au Parlement bruxellois, un colloque intitulé « J’peux pas, j’ai gynéco ! ».

Convaincues que la politique a un rôle essentiel à jouer pour faire avancer la prise en charge de ces maladies, elles ont voulu créer un espace de parole qui réunit médecins, scientifiques, entrepreneures et femmes de terrain autour d’un même constat : il est temps d’en finir avec le « c’est normal ». « Des millions de femmes vivent avec des troubles hormonaux ignorés », rappelle Loubna Azghoud. « La réponse médicale et institutionnelle ne peut plus se satisfaire de cette banalisation. Il est temps que les pouvoirs publics s’emparent réellement de ce sujet, avec la même rigueur et la même urgence que pour n’importe quelle autre pathologie chronique. »

Pour Aline Godfrin, l’enjeu dépasse le seul cadre médical : il touche à la justice et à l’égalité des chances. « Quand une femme attend 7 ans avant qu’on daigne lui poser un diagnostic d’endométriose, ce n’est pas seulement un échec médical : c’est un échec collectif que nous devons corriger ensemble. La santé hormonale des femmes est un enjeu de justice. » C’est dans cet esprit qu’elles ont construit un colloque mêlant expertise scientifique et témoignages de terrain, pour nourrir un débat à la fois rigoureux et ancré dans les réalités vécues.

La soirée a réuni un panel médical et scientifique de premier plan. Le Dr Stavros Karampelas, chef de clinique en chirurgie gynécologique au CHU Brugmann et spécialiste de l’endométriose, a apporté son regard d’expert sur les mécanismes de la maladie, les avancées diagnostiques et les défis persistants de sa prise en charge. Aux côtés du Dr Isabelle Dupont et de la thérapeute Mia Fievez, il a souligné l’importance d’une approche pluridisciplinaire : gynécologie, endocrinologie, accompagnement psychologique et thérapies complémentaires doivent cesser de fonctionner en silos pour répondre véritablement aux besoins des patientes.

Le second panel a donné la parole à des actrices de terrain dont les parcours illustrent la vitalité de la société civile face à des institutions parfois trop lentes à réagir. Chloé De Bon, réalisatrice du documentaire Echo(e)s, a partagé sa démarche artistique et militante : son film, construit sur les récits de femmes ayant vécu des expériences gynécologiques ou obstétricales minimisées, rend visible ce qui reste trop souvent indicible. Raïssa, fondatrice de Raïssa Dora, a témoigné de son engagement au quotidien auprès des femmes confrontées à ces problématiques. Enfin, Maroussia Poumay et Victoire de Bourqueney ont présenté Honae Care, la première maison de fertilité pluridisciplinaire de Belgique, qui rassemble sous un même toit gynécologues, endocrinologues, nutritionnistes et acupuncteurs pour offrir aux femmes un accompagnement intégratif tout au long de leur parcours.

En organisant cette soirée, Loubna Azghoud et Aline Godfrin ont montré qu’elles ne laisseront pas ce sujet au bord du chemin. Meilleure formation des médecins généralistes, réduction des délais de diagnostic, remboursement élargi des traitements, soutien aux structures innovantes : les pistes d’action sont nombreuses et elles entendent les porter au sein du parlement. La santé des femmes n’est pas un sujet secondaire, c’est une priorité de santé publique qui mérite d’être traitée comme telle, avec le sérieux et l’ambition qu’elle exige.